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Abdelkader Azria, membre de la mission des observateurs arabes en Syrie : « Nous travaillions sans gilet pare-balles et il était très difficile de garantir notre sécurité » 9 février, 2012

Posté par zenatanews dans : Actualités nationales , trackback

Abdelkader Azria, membre de la mission des observateurs arabes en Syrie./DR

Abdelkader Azria, membre de la mission des observateurs arabes en Syrie./DRAbdelkader Azria, membre du Conseil économique et social, a fait partie de la mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie. Il revient, dans cette interview qu’il nous a accordée, sur le séjour de cette mission en Syrie et le climat tendu dans lequel s’est déroulé leur travail. Entre interventions tous azimuts et danger permanent, les observateurs, dit-il, ont tenté de se frayer un chemin pour mener à bien leur mission.
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Quel bilan tirez-vous de votre participation à la mission des observateurs de la Ligue Arabe en Syrie ?

Il faut tout d’abord préciser que c’est la première mission du genre qui soit décidée dans l’histoire de la Ligue Arabe, ce qui justifie le manque d’expérience et de logistique indispensables pour mener à bien une telle mission. Dans tous les cas, cette mission va créer un précédent dans l’envoi d’éventuelles missions d’observations.

En effet, il ne s’agit pas d’une mission de maintien de la paix. Les observateurs ont été déployés suite la signature par Damas d’un protocole régissant leur mission, qui prévoit un arrêt des violences, le retrait des chars des villes et le déplacement libre des médias étrangers. Notre mission était bien délicate, intervenant dans un cadre politique très tendu et soumis à des interventions de tous bords.

Quelle est la méthodologie que vous avez adoptée durant votre mission d’observation ?

Le cadre général dans lequel nous avons travaillé était assez compliqué, compte tenu de l’ampleur et la nature du conflit. La mission a essayé de mettre en place une méthodologie efficace malgré les moyens modestes dont elle disposait. En fait, nous nous sommes organisés de façon à ce qu’il y ait deux observateurs pour chaque province. La priorité pour nous était d’inspecter les provinces constituant les points chauds de ce conflit notamment Homs, Deraa, Damas et Hama.

La délégation marocaine comprenait des composantes de plusieurs secteurs notamment la sécurité, la justice et des civils. Comment avez-vous réparti vos tâches selon ces domaines?

La méthodologie adoptée portait sur un ensemble d’axes. L’axe sécurité a été pris en charge par des experts dans le domaine, qui devaient contrôler les interventions des forces de sécurité (militaires) ainsi que la nature du fameux “Chabbiha”. Sur le plan des observateurs, ils ont été chargés de faire un suivi du travail des médias étrangers. Les juristes quant à eux, ont mis l’accent sur les dossiers des détenus, des martyrs et des portés disparus, etc. Ils ont ainsi visité des prisons et recueilli des plaintes de la part des familles, qu’elles soient pro-régime ou de l’opposition.

À la lumière de la situation sécuritaire tendue, quelles sont les conditions dans lesquelles vous avez travaillé ?

En dehors du manque de ressources et d’expérience, il était nécessaire pour nous de dialoguer avec les deux parties en conflit pour gagner leur confiance, surtout l’opposition qui s’est montrée sceptique vis-à-vis de notre mission. D’autre part, les partisans du régime syrien ne voyaient aucune utilité à notre mission et affirmaient que tout était sous contrôle. De plus, il faut savoir que la rue syrienne est armée aujourd’hui. Une quasi-guerre civile s’annonçait et il était très difficile de garantir notre sécurité, surtout que nous travaillions sans gilets pare-balles.

Les autorités syriennes se sont-elles montrées coopératives ?

En vérité, les autorités syriennes nous ont fourni l’hébergement, la protection et nous ont accompagnés durant notre mission. Et quand il était question de dialoguer avec l’opposition dans des quartiers que ni les autorités syriennes ni les forces de sécurité, ni l’armée ne pouvaient franchir, le gouvernement n’a pas cherché à imposer des restrictions quant à nos déplacements. Nous avons été sur place pour faire le point sur le nombre des détenus, des victimes et transmettre certaines revendications personnelles, comme la nourriture, l’échange de cadavres…

Aviez-vous eu le sentiment d’être menacé ou espionné ?

En effet, la situation tendue et complexe sur place donne le sentiment d’être constamment en danger, c’est sûr. Mais le plus préoccupant, c’était le fait de ne pas pouvoir prédire la source de ce danger. Le meurtre du journaliste français à Damas peut servir d’exemple dans le sens où le régime et l’opposition s’accusaient mutuellement sur les causes de sa mort. De l’espionnage, je ne pense pas! Je dirais plutôt une surveillance rapprochée… Ce qui était assez normal de la part d’un pays doté d’un système de renseignements assez développé.

Quelles sont les composantes de l’opposition syrienne et quelle est la nature de ses revendications ?

L’opposition est plutôt dominée par les islamistes, avec d’autres mouvements minoritaires. En fait, il y a deux types d’opposition, une qui mène le front armé, et une autre pacifique, qui réclame juste des réformes politiques. Au moment où j’étais sur place, la seule revendication était le départ du régime.

Qu’en est-il de ce que nous rapportent les médias quotidiennement. Pouvez-vous témoigner de pareilles scènes ?

Il ne s’agit pas d’une guerre classique. Nous sommes face à une guerre de rue. C’est vrai que l’opposition ne dispose pas d’armes lourdes. Mais dernièrement, ils ont commencé à utiliser des lance- roquettes de type “RPG”. Du coup, on enregistre des victimes dans les deux camps. Dans les hôpitaux, on a pu voir des blessés de tous bords: des membres de l’armée, des civils, des gens de l’opposition, etc.

La mission avortée des observateurs arabes en Syrie

Dirigée par le général soudanais Moustafa Al Dabi, la mission des observateurs arabes en Syrie était formée de membres venus de 13 pays, et de 6 organisations arabes des droits de l’homme. Elle comportait 166 membres, dont 9 colonels et 7 capitaines, qui ont été dispatchés dans cinq secteurs (Homs, Edleb, Deraa, Hama, Damas et sa province).

Selon son chef, la mission de la délégation avait, en fonction du protocole d’accord signé, pour seule mission d’ “observer et écouter” et non pas “effectuer des enquêtes avec les parties gouvernementales ou celles de l’opposition”.

Interrogé par la presse sur la situation sur le terrain, le général Al Dabi a répondu qu’il s’agit d’une guerre, signalant avoir vu de ses propres yeux des cas de torture, mais sans en préciser les auteurs.

Selon lui, la décision de la Ligue Arabe de geler la mission (sous la pression du Qatar selon certaines sources proches de la Ligue) n’a fait qu’empirer la situation. Pourtant, la Ligue Arabe avait décidé, après avoir lu le rapport, de prolonger sa mission et de lui fournir tous les moyens pour qu’elle poursuive ses travaux.

Omar Lebchirit/Noura Mani – au fait

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