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Benkirane : un gouvernement… comme les autres

Gouvernement ramassé, absence de «vieux», pas de superflu, Abdelilah Benkirane a revu à la baisse ses exigences de départ. Ministre sans portefeuille, structure classique, répartition adaptée aux négociations avec les autres partis.

Benkirane un gouvernement

 

Il arrive mais on ne sait pas quand. Mercredi 28 décembre, à l’heure où nous mettions sous presse, le gouvernement d’Abdelilah Benkirane, 30e du Maroc de l’après-indépendance, n’était toujours pas formé et l’on tablait visiblement sur une audience royale en vue d’entériner les nominations le jeudi 29 ou le vendredi 30.

Trop de retard pris ? Cela dépend de quel point de vue on se place. Lors de la formation de son gouvernement, en 1998, Abderrahmane Youssoufi avait pris 45 jours pour trouver et faire accepter par feu Hassan II la composition de l’Exécutif. La nomination, le 7 novembre 2002, par Mohammed VI de l’équipe de Driss Jettou, successeur du socialiste, sera intervenue, elle, après 4 semaines. Abbas El Fassi, chef du gouvernement sortant, nommé le 17 septembre 2007, aura, lui, consommé 27 jours avant que la liste de son gouvernement ne soit dévoilée. Au mercredi 28 décembre 2011 donc, nous n’en n’étions qu’au 29e jour après la désignation d’Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD, en tant que chef de gouvernement pressenti.

 

Trop de communications tue la communication…

De fait, l’impression de retard est due à la fois à une question de contexte et de méthode. Le contexte d’abord. Depuis l’alternance consensuelle, en 1998, les Marocains s’étaient habitués à un gouvernement mené par un des partis de la Koutla démocratique, la parenthèse Driss Jettou n’ayant pas modifié cette perception. L’arrivée au pouvoir du PJD a été un événement.

La déclaration quelque peu naïve de son chef qui affirmait vouloir une équipe ramassée de 15 ministres a fait le reste. L’attente était grande de voir se profiler une proposition originale. Il n’en fut rien…

La méthode ensuite. Contrairement à ses prédécesseurs, Abdelilah Benkirane a voulu jouer la transparence en enchaînant les points de presse, au cours des deux premières semaines qui ont suivi sa nomination et en communiquant sur les étapes de la formation de l’Exécutif, ce qui a tenu l’opinion publique en haleine mais l’a d’autant plus frustrée par la suite qu’un black-out a été imposé sur l’organigramme du gouvernement, puis sur les noms proposés pour chaque ministère et secrétariat d’Etat.

Enfin, il faut dire que si les choses s’étaient passées comme le chef du gouvernement l’avait imaginé au début, la formation du gouvernement aurait pris moins de temps. Premier couac, le passage de l’USFP à l’opposition, après la décision prise par son Conseil national -ce fameux Parlement des partis- le dimanche 4 décembre. Il a donc fallu à la fois envisager l’option d’une majorité comprenant le Mouvement populaire et l’Union constitutionnelle et cela d’autant plus que l’Istiqlal et le PPS, alertés par la volte-face du Conseil national de l’USFP, voulaient eux aussi valider leur participation à un gouvernement mené par le PJD, par leur conseil. Une semaine perdue de plus donc. Ce n’est que le lundi 12 décembre qu’Abdelilah Benkirane a verrouillé les composantes de sa majorité de 217 parlementaires, à laquelle viendront s’ajouter, par la suite, les 6 députés encartés au sein de l’alliance du centre (PRE, MDS, Al Ahd addimocrati). Et ce n’est que le mardi 13 que la première réunion consacrée à l’architecture du gouvernement a été tenue. Une réunion au cours de laquelle il fut également décidé de mettre en place les deux commissions, celle chargée de l’élaboration du programme gouvernemental et celle qui aurait la mission de rédiger la charte gouvernementale.

 

Entre les intentions de la première heure et la nécessité de s’adapter

Combien de fois l’organigramme du gouvernement a-t-il été fait et défait ? Sans doute plusieurs fois, même si dans la presse deux architectures seulement, sensiblement différentes, ont transparu. Dans tous les cas, on s’est graduellement éloigné d’un Exécutif réduit pour s’adapter à la fois aux nécessités du pays mais également pour satisfaire l’appétit des 4 formations en lice. On ne sait également pas si ledit organigramme a été présenté une seule fois au Palais pour validation ou s’il y a eu nécessité de faire des allers-retours. Toujours est-il que l’idée de super-ministères auxquels seraient rattachés des ministres délégués a fait long feu, ces derniers ne pouvant pas, réalisait-on, assister à un Conseil des ministres alors qu’ils étaient relativement nombreux.

Abandonné également (du moins jusqu’à l’heure où nous mettions sous presse) le projet qui consistait à fondre le Commissariat aux eaux et forêts dans la structure d’un des ministères ou encore l’idée de faire du Haut commissariat au plan une direction de la statistique, dépendante de l’Exécutif, ce qui est une aberration. Autre principe sur lequel Abdelilah Benkirane aura cédé, celui de n’avoir que des ministres jeunes : en témoigne, par exemple, la présence dans le gouvernement d’un certain Mohand Laenser, patron du Mouvement populaire, âgé de 69 ans.

Le gouvernement d’Abdelilah Benkirane, à l’heure où nous mettions sous presse, mercredi 28 décembre, sera donc finalement le résultat d’un compromis pour lequel le parti islamiste a dû faire moults concessions.

Première caractéristique : 27 départements et secrétariats d’Etat, soit 6 postes de moins que celui d’Abbas El Fassi. Dans cette configuration, et hormis le poste de chef du gouvernement, le PJD même s’il se taille la part du lion avec 10 sièges, reste, en proportions, moins représenté que son poids relatif au sein de la majorité. Il dispose en effet de 48% des sièges parlementaires de cette dernière mais de seulement 37% de ceux du gouvernement.

Evidemment c’est sans compter à la fois le poste de chef du gouvernement qui lui permet, au vu des prérogatives octroyées par la nouvelle Constitution (supérieur hiérarchique des ministres et non pas Premier parmi ses pairs) de mener la barque. L’Istiqlal, lui, tire son épingle du jeu, en s’adjugeant 6 sièges dans l’Exécutif, soit 22% du total.

 

A qui le ministère de l’équipement reviendra-t-il ?

Là encore, c’est moins que son poids dans la majorité parlementaire qui atteint 27%, mais il compense par la présidence de la première Chambre, votée en faveur de Karim Ghellab, le lundi 19 décembre.

Mais le parti qui a mené le gouvernement sortant n’est pas satisfait. Lundi 26 décembre, alors que le PJD affirmait avoir déjà transmis au Souverain ses propositions concernant la répartition des portefeuilles et les noms des ministrables, l’Istiqlal ruait dans les brancards en criant à la trahison : il avait, dit-il, eu la promesse de gérer le ministère de l’équipement et du transport mais s’est retrouvé avec celui de l’agriculture et de la pêche maritime, en contrepartie. Chez l’Istiqlal on a même menacé de refuser de faire partie de l’Exécutif… un geste qui paraît peu probable.

Loin de toutes ces considérations, le PPS, lui, peut s’estimer satisfait et bien payé en retour de son adhésion à la majorité. Il décroche quatre portefeuilles ministériels, soit 15% des sièges du gouvernement. Autant que le Mouvement populaire, alors que ce dernier pèse pour 14% des sièges parlementaires de la majorité, tandis que les progressistes, eux, n’en ont que 9%.

Hormis cette répartition entre partis, le gouvernement d’Abdelilah Benkirane, de par son architecture, semble finalement à l’image de tous les autres. Pas de grands boulerversements, dans les attributions, sinon quelques regroupements ou scissions de bon sens (commerce extérieur qui se fond dans le commerce, artisanat érigé comme ministère à part), ou encore des ministères hybrides (culture et communication). A moins que le Palais ne recommande une autre structure, le gouvernement sera, somme toute, classique. L’on remarquera -et c’est une première- que l’Intérieur tombe entre les mains du politique, de même que les Affaires étrangères. Mais on notera aussi qu’un ministère d’Etat sans portefeuille est prévu.

Quant aux hommes qui occuperont ces fauteuils, c’est une autre histoire. Lundi 26 décembre, une liste donnée par tous comme quasi définitive était publiée par le journal en ligne goud.ma. Le PJD a certes proposé trois noms par ministère mais, le dernier mot revient au Palais. Fadel Agoumi. La Vie éco

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