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Berlin 1945 ? Non, Casablanca 2012 !

5 000 kilomètres de chaussée parsemés de trous ! Que font les responsables de Casablanca ? Ce n’est pas une question de ressources mais c’est la politique d’entretien qui fait défaut.

Casablanca

Trop, c’est trop ! Depuis quelques mois l’état de la chaussée dans la ville de Casablanca s’est tellement dégradé qu’il est devenu quasi impossible de circuler en voiture sans faire les frais d’un trajet chaotique où, dans le meilleur des cas, on s’en sort avec des secousses, et souvent avec un pneu éclaté ou, parfois, une pièce du train avant du véhicule qui finit par casser. Ornières, nids de poule, parfois même gouffres, Casablanca est devenu un véritable gruyère, sous l’œil indifférent des autorités concernées et la grogne devenue habituelle des conducteurs lassés.

A tel point que l’on se demande s’il y a quelqu’un, un responsable, une structure, un concerné qui pense à l’entretien des routes et des voiries de la capitale économique, cette ville de 3,5 millions d’habitants, où circule en journée le quart pratiquement des 2 millions de véhicules que compte le pays. Partout où l’on va, dans tous les quartiers, riches ou pauvres, du centre ou de la périphérie, dans les grandes artères comme dans les petites ruelles, il y a des trous, des bosses, des fissures, des bouches d’égouts non couvertes. Des travaux ? Il y en a dans toutes les villes du monde, à la différence près qu’à Casablanca, une fois le chantier fini, on rétame mal ou pas du tout.

Le Conseil de la ville ? Injoignable

Et pourtant, Casablanca a un maire, un Conseil de la ville où siègent des élus,de grands chantiers d’infrastructures en cours de réalisation, mais aucune politique d’entretien des 5 000 kilomètres de chaussée à l’intérieur du périmètre urbain. Nous avons essayé, plusieurs fois de joindre le maire de Casablanca, et, à défaut, d’autres responsables au niveau du Conseil de la ville, mais sans succès (appels et sms à l’appui). Néanmoins, nous avons pu dresser l’état des lieux en s’appuyant sur des spécialistes de l’aménagement urbain.

A commencer par un constat d’ordre organisationnel et politique. C’est la ville de Casablanca qui a la charge de l’entretien des routes et des voiries et il se trouve qu’aucune majorité ne se dégage du Conseil de la ville où siègent des élus sous différentes étiquettes politiques. Dès lors, les alliances se font et se défont, en effet, selon les circonstances pour ne pas dire selon les intérêts des uns et des autres. Il en résulte que l’intérêt général est en marge des préoccupations de ce conseil, d’où les difficultés à voter le budget et à procéder à son affectation.

Selon une source qui tient à garder l’anonymat, le budget alloué à l’aménagement et à l’entretien de la voirie était, en 2010, de l’ordre de 50 MDH seulement. Il provient entièrement de l’excédent dégagé durant l’exercice 2009. A cette somme, il faut ajouter une enveloppe de 75 MDH provenant du ministère de l’intérieur destinée à l’aménagement et à l’entretien de la métropole. Une enveloppe équivalente était prévue pour l’exercice 2011, mais la ville n’en dispose pas encore.

Question : comment (et aussi pourquoi) une ville où l’entretien de la chaussée est inexistant, si l’on excepte quelques rafistolages occasionnels qui ne résistent pas aux premières pluies, peut-elle dégager un excédent à partir d’un budget à la base insuffisant ? Selon un expert qui collabore avec la ville, pour entretenir les 5 000 kilomètres de routes urbaines et de voiries de la capitale économique, il faudrait un budget de 600 MDH par an sur 10 ans. La capitale économique ne disposerait-elle pas des ressources nécessaires pour le faire ? Ce n’est logiquement pas une question de moyens financiers car dans son budget de fonctionnement et d’investissement global, la ville traîne un excédent de plus de 3 milliards de DH, dont plus de la moitié pour les communes urbaines. Et cet excédent ne cesse de grandir : en 2011, la commune urbaine de Casablanca n’a utilisé que 64% de son budget d’investissement prévisionnel qui s’élevait à 2,15 milliards de DH, soit une économie de 780 MDH en une année.

L’entretien des trottoirs et de certaines voies est souvent laissé aux privés

En fait, la réponse est à chercher dans la manière dont la ville est gérée, c’est-à-dire au niveau de son conseil et de ses multiples commissions. La notion de budget d’entretien est quasi inexistante au niveau des arrondissements, et les seuls contrats d’entretien qui existent avec des sociétés privées sont ceux relatifs à l’entretien des espaces verts. Pire, beaucoup de choses qui sont du ressort des autorités locales sont abandonnées au bon vouloir des promoteurs immobiliers et des commerçants, y compris les trottoirs et d’une manière générale l’espace public.

Les arrondissements sont souvent pointés du doigt, alors qu’ils ne peuvent pas grand-chose sur ce plan. Certaines communes interviennent certes de temps en temps pour boucher un trou par-ci et un autre par-là, mais rien ne les oblige à affecter une partie de la dotation qu’ils reçoivent de la ville à cet entretien. Du reste, ces dotations annuelles que la majorité des présidents d’arrondissement jugent insuffisantes oscillaient jusqu’à 2010 entre 400 et 700 MDH (on parle de 100 millions de plus pour 2011). Par ailleurs, et selon plusieurs témoignages, le montant de cette dotation n’est pas décidé sur la base d’un diagnostic, ni sur des critères rationnels relatifs aux besoins ou à la taille de l’arrondissement. Exemple rapporté par le 1er vice-président de l’arrondissement de Sidi Moumen, Abdelghani El Marhani : son arrondissement qui s’étend sur 47 km2 a reçu en 2010 pour l’entretien de ses routes 36 000 m2 de goudron, alors que celle de Sidi Bernoussi qui a une superficie de 13 km2 a bénéficié de 32 000 m2.

Au-delà de ces questions de répartition des ressources, c’est clairement une politique d’entretien de la ville qui fait défaut. A-t-on seulement pensé à diagnostiquer l’état de la chaussée ? Qui le fait ? Comment sont déterminées les priorités ? Qui contrôle le travail des prestataires quand travaux de réfection il y a ? Comment une ville, vitrine économique du Maroc, sans endettement, avec un budget excédentaire, peut se permettre d’être dans un tel état ? Répondez-nous, Monsieur le maire ?

Mohamed Moujahid. La Vie éco

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