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Doit-on sacrifier la langue française ?

La langue française est-elle sommée de plier bagage parce que nous sommes désormais « maîtres de nos destinées » ? Serait-elle le pendant de la domination économique et culturelle ? La réponse pourrait, pour celui qui est dans un champ politique avec un référent idéologique, être simple.

Hassan AOURID

La langue française est-elle sommée de plier bagage parce que nous sommes désormais «maîtres de nos destinées» ? Serait-elle le pendant de la domination économique et culturelle ? La réponse pourrait, pour celui qui est dans un champ politique avec un référent idéologique, être simple. Haro sur cette survivance de la domination politique et vecteur de l’exploitation économique.

Ainsi avait répondu une frange du mouvement national qui pensait bien faire, ou du moins bien dire. Ses tenants furent rattrapés par les faits. Ils prodiguèrent un enseignement d’élite à leurs enfants et ont apporté un coup dur à l’enseignement public dont nous payons le prix jusqu’à l’heure. Mais la pensée n’est pas le champ des réponses tranchées, mais plutôt un  épineux exercice sur le champ des nuances et une interpellation continue de la réalité… On n’est donc pas dans le simple jeu manichéen d’être pour ou contre, mais saisir toute la gamme entre le «pour» et le «contre». Bien sûr qu’on ne peut être que contre l’arrogance du dominant et l’exploitation du capital.

Bien sûr qu’une culture peut être l’habillage idéologique à cette double domination. Et la langue pourrait être un véhicule à cette domination, que cela soit par le truchement de M. Dubois ou un quelconque «bougnoule» «assimilé». Mais c’est sans compter sur la ruse de l’histoire…L’outil de domination pourrait devenir vecteur d’émancipation.

Nous en avons fait l’expérience. Il y a de cela plus d’un millénaire, nos ancêtres ont retourné l’arme de domination idéologique des Omeyyades contre les Omeyyades, au nom de l’islam. Ils ont fini par s’approprier la langue arabe qu’ils ont enrichie de surcroît. Pendant les guerres de libération, la langue française et le raccourci qu’elle permettait aux idéaux de justice sociale, aux valeurs des lumières et du respect de la dignité humaine, a précipité le mouvement de notre émancipation.

On connaît la fameuse phrase de Kateb Yassine, «la langue française est un butin de guerre». On connaît moins sa phrase : «Je parle français, pour dire aux Français que je ne suis pas français». Parler français ne fera pas de nous des Français ou autres assimilés et ne risque pas d’ébrécher notre marocanité.

On ne peut que s’indigner contre les comportements de certains francophones arrogants qui ont eu la «chance» d’être bien nés, et qui, forts de cette ascendance, font montre de condescendance et de mépris. On ne peut que déplorer le jeu pernicieux de ceux qui ne maîtrisent pas l’arabe, et ne veulent aucunement l’apprendre, par l’appel à instituer darija… On ne peut que regretter cette mode de nominations  aux hauts postes exclusifs des lauréats des écoles, instituts français ou autres. Mais est-ce une raison pour rejeter la langue française ?

Or c’est par intérêt que je pose la question. Notre intérêt collectif. Je défends la langue française non par référence à une quelconque domination de caste,  de corporation, ou par adhésion à une quelconque officine, mais parce que c’est un outil de modernisation. Je ne veux pas qu’elle demeure l’apanage de quelques enfants bien nés, mais accessible à tous nos enfants, où qu’ils soient, pour qu’ils puissent s’ouvrir sur le monde. Je ne demande pas à ce qu’on la prononce à la parisienne, mais qu’on puisse avoir avec ce véhicule linguistique un rapport fonctionnel : lire, comprendre et se faire comprendre. Que la langue française ne soit pas le seul véhicule d’ouverture, j’en conviens, mais c’est celui qui nous est disponible et le moins coûteux. Est-ce qu’enseigner les mathématiques ou la physique en français ferait de nos enfants de moins bien citoyens marocains ? Regarder un documentaire scientifique en français  serait-il attentatoire à la moralité de nos enfants qu’une fatwa sur les «bienfaits» des carottes et des bananes aux parties intimes des femmes, en bel arabe, avec l’intonation qu’il faut ! Soyons sérieux.

Je me suis intéressé un moment au système éducatif de la Malaisie et j’avais trouvé que l’origine des performances de ce pays était due à l’enseignement des matières scientifiques en anglais. J’ai pu mesurer, sur le terrain, les ravages d’un enseignement au rabais chez nous, dicté par des considérations démagogiques. L’histoire retiendra qu’un responsable marocain, soucieux d’améliorer notre système éducatif, par l’adoption du bilinguisme, a été arrêté dans son élan par une déferlante démagogie. Il s’appelait Mohammed Benhima, qui voulait reprendre ce que son homologue tunisien, un grand homme de lettres, Mohammed Messadi, avait mené et réussi.

Cela risque de surprendre les chagrins esprits, mais la promotion de la langue arabe, que d’aucuns brandissent, passe par l’ouverture à d’autres langues. Mon maître me citait cette belle phrase de Charles Quint : «Autant de  langues vous parlez, autant de personnes vous valez». Le quatrième calife bien guidé, Ali, disait exactement la même chose : «kulu lissan bi insan». Peut-on taxer celui dont le Prophète avait dit : «Je suis la cité de la science et Ali est son portail» d’être mauvais musulman, ou d’être moins arabe, lui qui avait institué la «voie de la rhétorique» !

Hassan Aourid. La vie éco

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