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La marche « de la dignité » à Casablanca : Un tour de force syndical face à BenKirane

Ils sont venus, ils sont tous là. Des figures emblématiques du syndicalisme marocain, encartées à gauche, se sont données rendez-vous dans la ville blanche, ce dimanche 27 mai, pour dire leurs inquiétudes, leurs appréhensions à l’égard de la tournure que prennent les choses en matières d’aggravation des déficits sociaux, du chômage, du renchérissement du coût de la vie et du manque de visibilité de la politique économique de la nouvelle majorité, conduite par le parti de la lampe et son leader Abdelilah Benkirane. (Analyse).

La marche « de la dignité » à Casablanca : Un tour de force syndical face à BenKirane  Marche_g

C’est effectivement à une véritable démonstration de force à laquelle se sont livrées les deux centrales syndicales proches du parti de la rose (l’USFP): la CDT et la FDT. Le temps d’une marche ces deux centrales, se livrant hier à des luttes intestines, ont donné le coup d’envoi à une réconciliation et surtout à un nouveau positionnement sur l’échiquier politique et syndical de ces deux centrales. Une initiative attendue depuis un moment par les militants de gauche, estimant que la classe politique et surtout les partis de la gauche sont de fait tétanisés par les dernières déconvenues électorales, surtout celles législatives du 25 novembre 2011. Ces partis se sont révélés incapables de transformer les nouvelles énergies libérées par les changements intervenus à la suite de l’onde de choc constituée par le Printemps arabe sur un pays comme le Maroc.

L’histoire récente nous apprend que la CDT et par la suite la FDT constituaient le bras syndical du parti de Abderrahim Bouabid, durant les décennies précédant l’alternance démocratique. Ces centrales ont, tour à tour, donné un prolongement concret à l’engagement politique de fond, arboré par la gauche pour la préservation de la dignité du citoyen. Une dynamique qui n’a cependant pas pu résister à l’usure du pouvoir qu’a du subir le parti de l’USFP, sous le leadership de Abderrahmane El Yousoufi. Une épreuve qui n’a pratiquement épargné aucune composante de ce parti.

« Al Karama Aoualane » : la dignité d’abord

A Casablanca les organisateurs de la marche d’« Al Karama Aoualane » (la dignité d’abord) ont estimé les marcheurs à quelque 30 milles militantes et militants, alors que les forces de l’ordre ont eu une estimation plus modeste la ramenant aux alentours des 15 mille marcheurs. Peu importe le chiffre, l’important pour l’heure est d’avoir vu et entendu sur les artères de la capitale économique une nouvelle offre politique dans un paysage politique (quasi stagnant) et qui semblait ronronner à l’ombre du « deal » mis en place à la suite de l’avènement du PJD comme première force politique adossée à un vote populaire massif lors des dernières législatives.

Il est vrai que le nouvel exécutif a su faire montre d’innovation en adoptant un style de communication nouveau et en arborant des « slogans chantiers » puisant leur substrats dans les percepts du champs normatif sur des thématiques aussi diverses que : la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, la moralisation de la vie publique, la guerre contre les privilèges etc.

Les effets d’annonce de Benkirane

Faire la différence sur le terrain de la symbolique, tel était le paradigme qui a guidé les sorties du chef de gouvernement et de ses principaux lieutenants. Cela à tel enseigne que les premières escarmouches se sont produites autour de questions comme l’opportunité d’organiser des festivals, l’interdiction de la publicité des jeux de hasard sur les médias publics, la mise en place de nouveaux cahiers des charges pour les chaines de télévision du pôle public, la publication des listes des bénéficiaires des agréments de transport etc. Des initiatives, sous la forme de coups de semonce, revenues toutes à la case départ. Elles ont, de toute évidence, péchée par excès de « générosité » politique ne dépassant guère le seuil du simple effet d’annonce.

Mais une fois passé le fameux délai de grâce, dont dispose toutes les équipes gouvernementales de par le monde, il est apparu saillant que la nouvelle équipe au pouvoir éprouve de la difficulté à rendre tangible leurs grands engagements. Dans cet ordre d’idée s’inscrit la difficulté évidente à boucler sa première loi de finances a donné à l’équipe Benkirane l’image d’un gouvernement qui cherche ses repères. Le délai anormalement long dans l’élaboration de ce document annuel fondamental a plongé une bonne partie de l’économie nationale dans un « stand by » dommageable pour nombre de secteurs. Cela d’autant plus que l’économie marocaine qui a pu, depuis 2007, montré une forte résilience dans un contexte international de crise économique et financière, devra durant les prochaines années faire face aux contrecoups de la crise mondiale.

Les niveaux de lecture du rapprochement

Aujourd’hui, quel lecture est-il possible de faire de ces retrouvailles des amis de Noubir Amaoui et de Abderrahmane Azouzi décidés à enterrer la hache de guerre et entrevoir un avenir politique et syndical commun ? Cet événement autorise au moins deux lectures importantes et une autre auxiliaire de nature rhétorique :

La première concerne la relation directe avec la famille politique de référence à ces deux centrales : l’USFP. Les difficultés de refondation des structures de ce parti à la suite des différents revers électoraux depuis les législatives de 2007, ont évolué au point que certains analystes ont pu dire que le parti de la rose est au bord de l’implosion. Les guerres de succession au sein du Bureau Politique, pour remplacer l’actuel Premier secrétaire Abdelouahed Radi, au lendemain du congrès national en septembre prochain, sont à peine feutrées.

Autre facteur, le choix d’aller à l’opposition, après la défaite aux législatives du 25 novembre 2011, n’a pas été largement partagé par les principaux leaders de ce parti. Cette nouvelle posture a certainement rendu nécessaire la recherche de nouvelles dynamiques à même de donner aux uns et aux autres l’opportunité de rassembler les troupes. Quel terrain plus fertile que celui de l’action syndicale pouvait s’offrir à ceux qui s’activent en rassembleurs ou simplement par calcul politique (selon certaines interprétations) au sein des rouages du parti pour donner corps à leur dessein.

Le rapprochement entre la FDT et la CDT donnera sans nul doute l’énergie nécessaire aux militants, tant au niveau des structures centrales que régionales pour renouer avec les attentes des citoyens et sur des thématiques très tangibles. Le choix du mot d’ordre « la dignité d’abord » n’est certainement pas étranger à cette dynamique. Il s’agit d’une revendication centrale pour le citoyen à même d’agréger un certain nombre d’attentes liées à la sauvegarde du niveau de vie, l’emploi, la santé, l’enseignement (exacerbées par les avatars d’une crise socioéconomique latente). Ce sont là autant d’attributs de la dignité de l’Homme Marocain.

La deuxième lecture qu’autorise cet événement est liée à la récurrente question de l’unification de la gauche. Des tentatives ont eu lieu dans le passé mais elles se sont toutes brisées sur le mur des intolérances et des problèmes de personnes. Certaines figures de prou des partis de gauche ont marché dimanche à Casablanca comme pour dire « les combats d’hier et d’aujourd’hui se poursuivent ». Est-ce à dire que le rapprochement CDT/FDT pourra enfin ouvrir l’opportunité devant les principales composantes de la famille de gauche en vue d’opérer un autre rapprochement, historique celui là, entre des protagonistes qui ont compris que la reconfiguration, à terme, du paysage politique au Maroc ne pourra aspirer à la cohérence sans une gauche unie, efficace et apte à présenter une réelle alternative à ce qui attend les marocains durant les prochaines décennies.

Une autre lecture, que l’on peut qualifier d’auxiliaire, est développée par ceux qui mènent les batailles d’arrière-garde. Ils émettent l’hypothèse que « toute cette machinerie » n’a de but que celui de « contrecarrer l’élan réformateur » du Cabinet Benkirane. Il ne s’agit, en fait ni plus ni moins que de la lancinante « thèse du complot ». Un subterfuge de rhétorique simpliste que l’on ressort de manière machinale et systématique à la face de tous ceux qui osent dire que les choses ne marchent pas.

La question qui se pose, en dernière analyse, est celle de savoir si les composantes de la gauche ont-elles acquis la maturité nécessaire, dépassant les aspérités et les calculs personnels, pour ne voir que l’intérêt générique du pays ? La réponse à cette question n’est pas aisée au regard de l’histoire récente (petite et grande). En tout état de cause, le Maroc a aujourd’hui, plus que jamais, besoin d’un jeu politique pluriel assaini, capable de générer les conditions d’une transition féconde vers l’avenir.

Driss Aissaoui

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