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Mission arabe en Syrie : Le contre-rapport

Alors que le rapport de la mission des observateurs en Syrie a été remis hier à la Ligue arabe – mission entachée déjà par la démission de l’un de ses membres -,  l’opposition syrienne rétorque,  de son côté, en publiant le même jour son contre-rapport.

En Syrie, l’armée n’a pas retiré ses troupes des villes ni arrêté de tuer quotidiennement des civils. Les arrestations massives des manifestants n’ont connu aucun répit. Le constat est établi par le Conseil national syrien (CNS, opposition syrienne) dans un contre-rapport de 22 pages, rendu public hier, dont une copie a été remise à la rédaction, sur la mission d’observation de la Ligue en Syrie. Le document qui couvre la période allant du 24 décembre 2011 jusqu’au 7 janvier 2012,  relève que les snippers du régime et les hommes armés ne sont pas sortis des villes et des quartiers durant cette période. «Ils ont procédé au changement de la couleur des engins militaires en les dotant d’armes à moyenne portée. Ils ont continué à tirer sur les manifestants et à utiliser sans raison la violence malgré la présence des observateurs arabes.

Les victimes sont tombées chaque jour avant et après la venue de ces observateurs», est-il relevé. Il est remarqué que les arrestations et les persécutions des civils n’ont jamais cessé. «Des civils soumis à toutes les formes interdites de torture. Le but de la torture est de casser le moral et les capacités physiques des détenus pour les dissuader de revenir aux manifestations dans les rues. Des personnes sont mortes sous la torture. Aucun détenu n’a été libéré. La mission d’observation n’a pas visité les prisons et les lieux d’incarcération dépendant des annexes sécuritaires se contentant d’inspecter les prisons judiciaires réservées aux détenus poursuivis pour des affaires pénales comme à Damas, Homs et Hama. Les observateurs ont rencontré des prisonniers de droit commun et pas des manifestants ou des détenus d’opinion», est-il encore indiqué. Le contre-rapport cite des prisons où la mission ne s’est pas rendue.

Il s’agit, entre autres, des prisons de la sécurité d’Etat (qui dépend de la présidence de la République syrienne), des lieux de détention des renseignements militaires (état-major des forces armées), des prisons de la police politique (qui relèvent théoriquement du ministère de l’Intérieur), des centres d’incarcération des services secrets de l’armée de l’air et les prisons spéciales que supervise le général Maher Al Assad, le frère du président syrien. Les prisons spéciales (qui échappent à toutes les règles de droit reconnu au niveau universel) se trouvent notamment sur la route entre Damas et Beyrouth. L’évolution sur le terrain de la mission a été freinée par des snippers qui n’ont pas hésité à ouvrir le feu sur les observateurs comme ce fut le cas à Arbine.

Des médias triés sur le volet

Selon le même rapport, les médias arabes et internationaux ont été empêchés d’entrer en Syrie pour y effectuer des reportages journalistiques. «Le régime s’est limité à donner des autorisations à des chaînes de télévision qui défendent ses thèses et qui évoquent les événements en Syrie avec peu d’objectivité et de professionnalisme», est-il noté. Il s’agit principalement des chaînes de télévision russes et chinoises. L’opposition syrienne relève aussi que le déplacement des observateurs arabes a été perturbé par tous les moyens. «Le régime a tout fait pour que la mission n’arrive pas sur les lieux des manifestations et des regroupements pacifiques au moment voulu. A chaque fois, des rassemblements sont organisés pour faire perdre du temps et présenter des faux témoignages de gens proches du gouvernement. Des témoignages bâtis sur aucune preuve», est-il indiqué. Le déplacement motorisé des observateurs a été, selon la même source, bloqué à chaque fois. «Et à chaque fois, on prétextait l’existence de zones sécurisées et de zones non sécurisées. Les communications des observateurs, à chaque fois coupées, ont été mises sous contrôle.

Toute personne qui contactait la mission était poursuivie», est-il relevé. Selon l’opposition, des agents de sécurité, des policiers et des informateurs n’ont pas quitté les délégués de la Ligue arabe dans toutes les inspections. «Ils ont interdit à la population de s’approcher de la mission. Les gens étaient parfois tenus à l’écart à plus de 100 mètres. Dans les zones non maîtrisées par les forces du régime, les citoyens ont pu discuter avec les observateurs, livrer leurs témoignages, fournir des photos et des documents», est-il affirmé. Souvent, le régime a induit en erreur les observateurs en leur parlant de présence de «groupes armés» (la fameuse thèse sur «le terrorisme»). «L’objectif de cette manipulation est de faire croire que la révolution n’est pas pacifique, mais armée. Une manière de mettre sur un pied d’égalité la victime et le bourreau», est-il écrit.

Manque de moyens

Des militants anti-régime ont constaté sur place que la mission de la Ligue de arabe a souffert de faiblesses logistiques (manque de caméras, d’appareils GPRS, d’ordinateurs portables…). «Des experts en médecine légale, des psychologues et des militaires manquaient à la mission. La plupart des membres de la mission ne sont pas habitués à ce genre de travail sur le terrain. Il est important de faire appel à des experts des organisations internationales spécialisées, ceux qui ont l’expérience du Kosovo, de la Serbie, de l’Afghanistan, du Rwanda et du Burundi», est-il préconisé. L’opposition remarque que le nombre de véhicules mis à la disposition de la mission n’était pas suffisant.

«Il est impératif de choisir des chauffeurs et des accompagnateurs neutres, n’ayant aucun rapport avec le régime, pour qu’ils ne servent pas d’informateurs et d’espions. Il est nécessaire aussi d’avoir un réseau de communication sécurisé en dehors du système national syrien», est-il rédigé. L’opposition propose par exemple l’utilisation des mobiles satellitaires Thuraya difficilement détectables à l’écoute extérieure de type policière. Le contre-rapport précise que les opposants ont eu beaucoup de mal à communiquer avec les délégués de la Ligue arabe en raison d’un manque d’information sur leurs numéros de téléphone et leurs lieux de résidence et de travail.

Fayçal Métaoui

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